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Genèse du COMICODI

Après les secousses violentes et les espoirs déçus des années de braise (1989-1992) au Cameroun, lesquelles furent marquées par des revendications populaires pour le changement, la classe politique ou ce qui en tient lieu était littéralement défaite. La physionomie générale du pays était dominée par l’arrogance d’un pouvoir triomphant et arrogant plus sûr de lui que jamais d’un côté, et par un peuple complètement écrasé, désespéré et presque perdu de l’autre côté.

Lorsque l’on aborde la décennie 2000, une sorte d’auto-critique s’installe dans la société camerounaise. Le sentiment d’avoir été dupé par les leaders politiques et d’avoir été délaissé par les intellectuels est dominant dans les masses. Alors que les injustices s’aggravent, que les discriminations redoublent et que la corruption dévient pratiquement la doctrine officielle de l’Etat et du Gouvernement, il n’y a presque aucune émulation du côté ni de la société civile, et surtout pas des politiciens dont plusieurs s’empresseront de retourner la veste. Le peuple est abandonné, les prisons et les cellules des commissariats et des gendarmeries sont pleines d’innocents dont le seul tort est souvent d’être pauvres et sans soutiens.
Dans ce contexte sombre, la question qui se pose pour toute personne de bonne foi préoccupé par le destin du pays, est de savoir:

Le pays s’étant installé dans une anarchie favorable au plus rusé, au plus corrompu, au plus fort et au plus criminel, et les quelques acteurs intellectuels, économiques et politiques sur lesquels l’on pouvait compter, ne pensant plus qu’à s’enrichir par tous les moyens, en faisant allégeance au pouvoir pour se protéger. Il fallait trouver le moyen de donner de la voix autrement, de faire contre poids en tant que de besoin, de se mettre aux côtés du citoyen brimé.

C’est ainsi que dès le mois de janvier 2003, germe le projet d’une organisation qui lutterait contre la discrimination. En réalité il est question au départ, d’offrir une porte, une corde, un recours, une main tendue à tous ceux qui sont désemparés. Le pari vaut d’autant plus la peine, que les lois sont claires sur la création des associations. Une des conquêtes des mouvements de revendication du début des années 1990 est justement la loi 90/053 du 19 décembre 1990 relative à la liberté d’association.
Mais il fallait encore trouver des gens suffisamment intègres, engagés, courageux et disponibles pour former une équipe. Ce ne sera pas facile, dans la mesure où, contrairement à ce que nous pensions, certaines personnes qui affichaient des positions très nationalistes, solidaires et humanistes, déclineront notre invitation, car les camerounais ont encore très peur. D’autres personnes que nous avions coptées par sentiment de confiance sur la base des discussions et des attitudes passées connues, nous menaceront même de procès.
Malgré tout, le COMICODI naîtra, avec l’identité qu’elle affiche aujourd’hui. D’abord concentré sur la discrimination, l’organisation associera la corruption dans son champ de mire, sur la base des conseils amicaux et des recommandations pressantes de quelques institutions diplomatiques.
Beaucoup de gens dès le lancement, ne voulurent voir dans l’initiative, qu’une gesticulation de circonstance qui ne durera pas plus d’une correspondance, pendant que d’autres nous promettaient soit une dissolution rapide, soit une auto destruction après que les dirigeants auront été achetés à prix fort. Des expériences, nombreuses, pouvaient effectivement et naturellement justifier un tel pessimisme. Hélas, notre foi, notre détermination et une forte conscience du désarroi de la majorité de la population où il n’existe plus de règles transparente de réussite sociale, nous ont maintenues et propulsées vers une extraordinaire audace.
En réalité, le COMICODI est le produit des cendres des années de lutte pour tenter d’arrêter la perdition totale de la société. Née de la douleur et de la trahison des institutionnels politiques et intellectuels, l’organisation demeure un bébé, mais un bébé avec des ambitions d’un vieillard qui a traversé toutes les guerres et toutes les pires souffrances de l’humanité. Son acte de naissance fut rédigé sous une pluie d’injustices, mais l’encre de la plume des ses fondateurs, su résister contre les gouttes d’eau méchantes qui tentaient de rendre illisibles, son objectif si simple : la justice.